Accueil > Collège & lycée > Le français en Première > Le genre épistolaire > Senancour en peinture > Une histoire qui a commencé en musique

Une histoire qui a commencé en musique

vendredi 10 octobre 2003

Au piano, je travaillais la « Vallée d’Obermann » de Franz Liszt extrait des « Années de pèlerinage ». Cette musique m’envoûtait. Mais quelle était donc cette vallée qui avait tant fasciné Liszt ? C’est alors qu’en cherchant Obermann dans le dictionnaire, je retrouve le seul nom de Senancour. À Senancour, j’apprends que celui-ci, écrivain français (1790-1846) a écrit un roman autobiographique Obermann. « Les quatre-vingt neufs lettres qui composent ce journal intime offrent des confidences personnelles sur ses déceptions sentimentales et son inadaptation sociale. »
Senancour se révélait cet auteur rare, pratiquement oublié, par qui tout l’univers de la vallée d’Obermann me serait révélée pour peu que j’en trouve…la source. Parallèlement, je travaillais en vue d’une exposition de mes toiles à Fredericton au Nouveau Brunswick. Inspirée par la musique de Liszt, j’avais nommé « La Vallée d’Obermann » une série de toiles exécutées avant ma lecture de Senancour.
C’est par les ramifications de la toile que j’ai trouvé dans une librairie parisienne le précieux Obermann. Dans la préface, je lis sur la rencontre qu’eurent Liszt et Senancour et de la profonde influence que la lecture d’Obermann exerça chez le musicien. Quant à moi, chaque nouvelle lettre lue me révélait des affinités, des convergences troublantes.

Obermann, c’est quatre-vingt neuf lettres. J’imaginai soudainement une immense vallée constituée de 89 petites toiles assemblées en un grand tout. Quatre-vingt neuf pièces détachables, donc transportables.

Mon étonnement fut grand en constatant que j’obtenais un rectangle parfait en assemblant quatre-vingt neuf toiles de 144 pouces carrés. J’obtenais ainsi un rectangle de 89 pouces par 144 pouces. J’avais besoin comme structure de base, trois panneaux de 4 pieds par 8 pieds rigidifiés, assemblés mécaniquement et bien sur, démontables . Continuant mes recherches sur Senancour je découvre Béatrice Didier , écrivaine française. Elle avait soutenu sa thèse sur l’imaginaire chez Senancour et contribué, en 1980, à la réédition de « Isabelle » . Madame Didier rapporte que l’auteur avait eu l’idée de donner une sœur à Obermann. Senancour dans ce livre , donne ses mots à une femme. Isabelle possède la double nature du peintre et de l’écrivain. Comme Obermann, elle aime la beauté sauvage de la grande nature.

Madame Didier se spécialise dans la littérature du 18ème et les rapports « musique littérature ». À ces rapports là, j’en conjugue un autre , celui des arts visuels. Ainsi donc, peindre une immense vallée constituée de 89 petits tableaux et parallèlement regrouper 89 réflexions ou descriptions de Senancour. Aussi, deux personnages sculptés en aluminium, (Obermann ? Isabelle ?) suspendus à un mécanisme, vogueront au dessus de cette vallée dessinant leur ombre au passage.
« L’on ne sait plus où est le ciel, où sont les monts, ni sur quoi l’on est porté soi-même ; on ne trouve plus de niveau, il n’y a plus de niveau, il n’y a plus d’horizon ; les idées sont changées, les sensations inconnues, vous êtes sortis de la vie commune. »
Ceci est mon projet pour une prochaine exposition
SUZANNE HOWARD