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ET SI ...

par Hélène Thorel

novembre 2006

L’eau avait coulé sous les ponts. Vingt ans déjà depuis cette mésaventure. Maintenant elle était maman de trois petites mais pas du genre : mignonnes et gentilles, non, plutôt : espiègles et désobéissantes.
Un jour qu’elle ne supportait plus de les avoir dans les pattes, elle leur demanda d’aller porter à leur grand-mère un petit pot de beurre et des galettes. Cette grand-mère habitait assez loin, une petite maison isolée de l’autre côté de la forêt.
Les fillettes se réjouissaient à l’avance de cette promenade. Leur mère leur dit cependant :
« Surtout ne traînez pas en chemin et soyez de retour avant la nuit ! »
Elles partirent.
La journée se passa. La lumière du jour déclinait, mais ses trois filles n’étaient pas encore revenues. L’angoisse commença à la submerger, de lointains souvenirs remontaient…
« Mais que font-elles ces maudites gamines !! »
A peine sa phrase achevée, elle entend des pas précipités dans la cour. Aussitôt elle ouvre la porte et aperçoit ses filles ; elle court à leur rencontre, les serre très fort dans ses bras !
« Mais que t’arrive-t-il, maman ? » demandent les fillettes étonnées.
« oh !! Juste la joie de vous revoir !! Venez, entrez, votre dîner est prêt, ensuite je vous raconterai une histoire. »
Elles dînèrent très vite puis s’installèrent près du feu, seule source de lumière, qui faisait danser les ombres sur les murs.

La maman prend soudain un air grave et commence son récit.
« Autrefois, une petite fille vivait dans cette maison. Tout le monde l’avait surnommé « le petit chaperon rouge » à cause du chaperon rouge que sa grand-mère lui avait tricoté. Un jour que le temps était maussade et gris, sa mère lui demanda de porter à sa grand-mère un petit pot de beurre et des galettes car cette dernière était souffrante. Elle habitait une petite maison isolée de l’autre côté de la forêt. Le petit chaperon rouge accepta avec joie et partit aussitôt.
En passant dans la forêt, bien sombre par ce jour sans soleil, elle crut apercevoir une forme imposante et sombre qui la suivait. Elle n’osait se retourner et commença à accélérer le pas. L’ombre ne la lâchait pas. Elle se faufila entre les arbres puis se mit à courir.
Mais bientôt elle est essoufflée et doit s’arrêter ; elle se retourne…personne. L’ombre avait disparu.
Elle reprit sa route, tous les sens aux aguets.

Enfin elle arriva devant la porte de la maison de sa grand-mère. Elle frappe.
Une voix lui demande : « qui est-là ? » Sa grand-mère doit être bien malade pense-t-elle.
Elle répond : « c’est moi, ta petite fille ! Je t’apporte des galettes et un petit pot de beurre. »
_« tire la chevillette et la bobinette cherra. »
Elle entra et s’étonna de l’obscurité qui régnait dans la maison, mais sa grand-mère refusa d’allumer la lumière car, disait-elle, ses yeux étaient trop sensibles.
Le petit chaperon rouge s’approcha de son lit et l’embrassa. Elle eut un léger mouvement de recul.
« Ma grand-mère, que tu as de grands bras !
_c’est pour mieux t’embrasser, mon enfant.
_Ma grand-mère, que tu as de grandes oreilles !
_c’est pour mieux t’entendre, mon enfant.
_Ma grand-mère, que tu as de grands yeux !
_c’est pour mieux te voir mon enfant.
_Ma grand-mère, que tu as de grandes dents !
_C’est pour mieux te manger ! Au même instant l’énorme bête se jette sur le petit chaperon rouge et la dévore…

Mais le loup n’a pas le temps de se réjouir de son festin car surgit un chasseur. Armé de sa hache il ouvre le ventre du monstre et sauve la fillette et sa grand-mère, toutes deux avalées par l’horrible bête. Le loup partit en hurlant, ses pattes retenant son ventre.

Depuis ce jour on ne le revit jamais mais il arrive parfois qu’on entende ses hurlements retentir dans la forêt. Surtout lorsque la lumière du jour décline. »

Photographie de Sarah Moon pour Le Petit Chaperon rouge de Charles Perrault.
Paris, Grasset, "Monsieur Chat", 1983
Paris, La Joie par les Livres, Centre national du livre pour enfants. Photo M. Urtado.