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MEFIEZ-VOUS de l’eau qui dort !

par Gwenaelle Perry

novembre 2006

Vous n’auriez pas dû aller seuls dans la forêt. Savez-vous ce qui m’est arrivé il y a une vingtaine d’années ?

Ma mère m’avait envoyée apporter un morceau de gâteau et une bouteille de vin à ma grand-mère chérie, malade depuis quelque temps. Elle habitait très loin, au milieu de la forêt, et ma mère m’avait donc demandé de ne pas tarder et de ne pas m’éloigner de mon chemin.
8 Mais voilà qu’en route, je rencontre le loup. C’était un fort bel animal, jovial et charmeur. Je n’imaginai pas une seconde qu’il put avoir de mauvaises intentions, et ne me méfiai pas. La conversation s’engagea : nous parlâmes de choses et d’autres, et il me demanda par exemple où habitait ma grand-mère. Puis, il m’engagea à cueillir des fleurs et à les lui apporter puisqu’elle était souffrante. Je trouvai que c’était une bonne idée, et commençai ma cueillette sans me préoccuper du temps qui passait.
Lorsque j’eus rassemblé un énorme bouquet, le loup avait disparu. Je me rendis compte qu’il devait être fort tard et pressai le pas pour arriver chez ma grand-mère avant la nuit.

Dès mon arrivée à sa demeure, je compris que quelque chose d’anormal s’était passé : la porte était entrouverte, alors que jamais ma grand-mère n’oubliait de la refermer. Je m’approchai lentement et entrai, l’œil aux aguets. Aussitôt la porte passée, un spectacle effroyable s’offrit à mes yeux. Plus un objet n’était à sa place, les meubles étaient renversés, le linge éparpillé et la vaisselle brisée en mille morceaux. On eut dit qu’un raz de marée avait balayé le logis de ma pauvre grand-mère. Un silence de mort planait sur la pièce, et je n’osai respirer de peur de le briser. « Petit Chaperon Rouge, est-ce toi ? » « Oui grand-mère, où es-tu ? » Je me précipitai dans la chambre sans réfléchir, trop heureuse et impatiente de retrouver Grand-mère…Et AAARHHHH… En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je me retrouvai dans le ventre du loup !

Pourquoi suis-je ici aujourd’hui avec vous, me direz-vous ?
Eh bien, cette vie sauve, je la dois à un brave chasseur qui passait par là et s’étonna de trouver la maison ouverte, et tout ce charivari à l’intérieur. Il tua le loup sur le champ, le dépeça, et nous trouva à l’intérieur, Grand-mère et moi, bien mal en point, mais vivantes, contrairement à ce petit garçon qu’il découvrit aussi, mais qui devait avoir été avalé depuis trop longtemps…et à toutes ces personnes dont il ne restait presque rien…

C’est ce jour-là que je compris qu’il ne fallait pas se fier aux apparences, et que, sous des dehors affables, certains personnages peuvent s’avérer monstrueux.

Illustration d’Arthur Rackham pour Le Petit Chaperon rouge des frères Grimm. Réemployée dans Le Printemps sur la neige et autres contes du bon vieux temps par Charles Guyot.
Paris, L’édition d’Art Henri Piazza, 1922. (29,6 x 23,1 cm).
BnF, Littérature et art. (4° Y28350) D.R.