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Super Mamie

par Yohann MOUNEIX

novembre 2006

_Mamie, en fouillant dans ton grenier, j’ai découvert un vieux pull over rouge délavé. Mais à qui appartient-il ?
_C’est une très longue histoire mon enfant. Assieds-toi près de moi et ouvre bien grand tes petites oreilles.

Ainsi commence l’histoire d’une mamie ma foi pas tout à fait comme les autres.

_C’est la fabuleuse aventure d’une très jolie petite fille de village, aussi rayonnante que le printemps, aussi flamboyante qu’un delonix régia, aussi douce que l’eau du robinet,... eh oui c’est moi, aussi belle que courageuse... Un jour, ma pauvre mère bien que pas très en forme, cancer des poumons et du foie, maladie de la vache folle, parkinson et alzheimer , dut rendre visite à ma grand-mère, elle aussi au bout du rouleau et prête à casser sa pipe. Maman était si mal ce jour-là qu’elle ne fit pas trois pas et s’écroula d’un seul coup comme une tour new yorkaise. Ce fut terrible. Encore une fois, fidèle à moi-même, je pris mon courage à une main, dans l’autre les galettes et le petit pot de beurre breton demi sel :
_Je traverserai cette horrible forêt hantée pour mère-grand à votre place mère et je jure solennellement de lui remettre coûte que coûte ce colis.
Dans un dernier souffle elle me tendit un petit chaperon rouge :
_Ce chaperon rouge te donnera la force et le courage d’aller au bout de ton périple mon enfant. Adieu.
Seule et sans carte géographique ni aucun moyen GPS, je pris le sombre chemin encore inexploré de la forêt lointaine :

_On entendait le coucou. Coucou hibou, coucou hibou. On entend le hibou.
Je craignais alors que bien d’autres bêtes aussi sauvages que le coucou et le hibou, d’une cruauté à mourir, ne rodent furtivement et ne se cachent encore derrière chaque arbre et chaque buisson, prêtes à bondir sur tout ce qui bouge pour le dévorer tout cru. Mais la vie de mère-grand dépendait de moi. J’étais prête à risquer la mienne pour elle :
_Ce colis doit arriver à bon port.

Après des heures et des heures d’une épuisante et interminable marche, dans une obscurité affolante, avec un lourd silence assourdissant parfois sèchement foudroyé par un terrible cri perçant ou bien par un féroce grondement de bête sauvage, au beau milieu d’immenses troncs d’arbres dont on ne voyait même pas les hautes branches et qui ne laisser rien pénétrer, pas même le moindre scintillement d’une étoile... hélas pour moi, c’était déjà la nuit. Et c’était là une nuit noire, noire comme il y en avait seulement au cours des mauvais jours. Ces jours où le monde du vivant et le monde des morts ne font qu’un, où les monstrueuses âmes des ancêtres reviennent sur terre et recherchent les leurs pour les emmener à jamais rôtir en enfer... Terrifiée, j’arrive enfin saine et sauve au pas de la porte de mère grand. Par l’interphone, je l’appelle :
_Toc toc toc , petite mère-grand, es-tu là ?
_Chut, je dors.
_Toc toc toc, petite mère-grand, es-tu là ?
_Entre donc mon enfant... Oh mais que tu es bonne et mignonne, tu es vraiment à croquer !
En m’approchant du lit dans lequel elle était lourdement allongée, je m’aperçus que ses pieds dépassaient, et lui je conseillai alors d’aller un peu plus souvent chez l’esthéticienne pour une pédicure et une épilation totale, c’est le mieux. Mais ce n’était pas tout. Elle avait bien besoin de voir un dentiste et un coiffeur parce qu’elle n’était pas à la mode de chez nous. Mais alors pas du tout.
_Il faut sortir un peu de chez toi, mère-grand !
Quelle ne fut pas ma surprise lorsque sur ces mots, un énorme loup de trois mètres sur deux, cent vingt kilos de muscles écorchés jaillit hors du lit pour me transformer en dinde fumée... Heureusement, avant de prendre mes jambes à mon cou, je me souvins des derniers mots de ma pauvre mère :
_Ce chaperon rouge te donnera la force et le courage d’aller au bout de ton périple mon enfant.
Je l’enfilai alors aussi vite que Flash Gordon.
Aller vas-y, rentre, rentre, plus vite, plus vite !
Je sentis une grande puissance me pénétrer par le bas d’abord, puis de haut en bas et de bas en haut ; les pouvoirs de Batman et Spiderman étaient en moi, tous les deux en même temps. J’étais devenue Superwoman... En deux temps trois mouvements, le loup se trouva obligé de se retirer, fortement diminué. Il abandonna le combat et délivra ma vraie mère-grand qui était retenue prisonnière dans le placard à balais. Puni, il jura de faire le ménage, la cuisine et la vaisselle de mère grand pour le reste de sa vie.
Une semaine plus tard, Georges W. Bush, la reine Elisabeth et Ségolène Royal me félicitèrent en direct au journal de Claire Chazal.
_Félicitations, vous resterez dans nos annales.

Illustration de Félix Lorioux pour la couverture du Petit Chaperon rouge. Paris, Librairie Hachette, 1920. (30,7 x 23,7 cm).
BnF, Estampes et Photographie (Ka Mat 6A, boîte 4) © ADAGP Paris 2001