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Un petit Chaperon bien rusé

par Weena Ivon

novembre 2006

A Paris, une nuit, dans le salon d’une famille tranquille, une mère est entourée de ses trois enfants. Comme tous les soirs, elle s’apprête à leur lire une histoire.
« _Le petit chaperon rouge. » commence-t-elle.
« _Oui !!! » s’écrient ensemble les enfants.
« _Et puis non, les enfants ! J’en ai assez ! Je ne le supporte plus ! » crie soudain la maman.
« _Je vais vous révéler un secret : JE SUIS le petit chaperon rouge et j’en ai assez de lire tout le temps ces contes qui me font passer pour une petite fille naïve et sans défense. Vous avez le droit de savoir la vérité et de connaître la véritable histoire du petit chaperon rouge. »

Les enfants sont si surpris qu’ils en restent bouche bée.

« C’était il y a une vingtaine d’années, j’avais à l’époque dix ans. Je revenais d’une compétition de karaté avec une nième coupe quand maman - votre grand-mère - m’appela pour me demander quelque chose :

_« Chaperon rouge ! Grand-mère est malade ! Peux-tu lui apporter ce morceau de gâteau, cette bouteille de vin et ces médicaments ? Sois prudente, ne traîne pas en chemin et fais-lui des bisous de ma part. Tu peux même prendre ta coupe pour la montrer à grand-mère. »

Je m’en vais donc avec mon panier sous un bras et ma coupe sous l’autre.

Au beau milieu de la forêt, voilà qu’arrive le loup. Il était déguisé en vieillard. Le sot ! Il croyait que je ne le reconnaîtrais pas mais n’a-t-on jamais vu un vieillard avec des oreilles noires, poilues et pointues ? Mais décidée à lui jouer un mauvais tour, je ne dis rien et préparai un plan.

« _Dis-moi fillette, puis-je t’accompagner un bout chemin ? Mais dis donc, ne serais-tu pas le petit chaperon rouge dont tout le monde parle dans les environs. Tu m’as l’air bien bonne à man… heu je voulais dire tu m’as l’air bien gentille. Que fais-tu seule au milieu du bois ? »

« _En fait, je vous cherchais, monsieur Tom. Maman m’a demandé de vous apporter un morceau de gâteau et une bouteille de vin pour vous remercier de l’avoir aidé hier au marché. Elle nous a raconté sa mésaventure et tout le monde s’accorde à dire que vous avez été très bon et que vous méritiez pour cela une récompense. La voilà donc ! » lui dis-je en lui mettant la coupe dans les mains.

« _Heu… merci petit chaperon rouge. » bredouilla-t-il.
Il était pris au piège !! Il ne pouvait pas nier autrement il aurait été démasqué. Je pris ensuite la bouteille de vin, la débouchai et remplis de vin la coupe qu’il vida. Une fois, deux fois, trois fois, il n’en pouvait plus et commençait à tituber. Enfin, nous arrivâmes chez grand-mère.

Je frappais à la porte.

« - Tire la chevillette et la bobinette cherra. » répondit grand-mère.
Je ne comprenais jamais ce qu’elle voulait dire par là .J’ôtai donc le verrou et entrai. _ Grand-mère était alitée.
Le loup, complètement ivre, s’approcha d’elle et lui dit de but en blanc :
« _Que vous avez de grandes oreilles ! »
« _C’est parce que je porte mes appareils d’audition ! »
« _Que vous avez de gros yeux ! »
« _C’est parce que je porte mes lunettes à doubles foyers ! »
« _Que vous avez de grandes dents ! »
« _C’est parce que je porte mon dentier ! »

Et là, le loup, oubliant sans doute que je me trouvais là, sauta sur grand-mère pour l’avaler mais … gardant mon sang froid, je me mis en travers de sa trajectoire et lui fis une prise de karaté qui lui fit voir mille étoiles. Il était tellement sonné (en plus d’être bourré) qu’il s’affala par terre. Je n’étais pas championne de karaté pour rien. Avec grand-mère, nous lui découpâmes le ventre et le lui remplîmes de pierres.

Lorsqu’il se réveilla, le loup voulut s’enfuir mais il ne pouvait plus courir aussi vite que d’habitude. Un chasseur qui passait par là en fit son affaire. Lorsque le chasseur vint nous voir, je lui narrai toute l’histoire mais cet infâme, au lieu de la raconter telle quelle aux journalistes, me fit passer pour une fillette sans défenses. En fait, il avait fait cela par pure jalousie car j’avais battu sa fille à la compétition de karaté. De petite fille téméraire et courageuse, je devins une petite fille crédule pour tous les enfants de la terre. Voilà pourquoi, j’ai demandé à tout le monde de ne plus jamais m’appeler le petit chaperon rouge. A présent, vous, mes enfants, vous connaissez la vérité. »

Illustration de René de la Nézière pour Le Petit Chaperon rouge. Dans Les Contes de Perrault, Tours, Mame, (29,6 x 23,1 cm).
BnF, Littérature et art. (4 Y26614) D.R.