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Vingt ans après

par Soazik Dubois-Le Gall

novembre 2006

Il était une fois une jeune femme que tout le monde aimait bien, surtout ses trois jeunes garçons.

Un jour que le bruit courait qu’un loup sanguinaire rôdait dans la forêt près de laquelle ils vivaient tous paisiblement, la jeune femme se décida à leur conter une aventure qui lui était arrivée lorsqu’elle avait à peu près leur âge.

« Quand j’étais petite » leur dit elle « ma grand-mère m’avait offert un joli bonnet de velours rouge. Il me seyait à ravir si bien que je le portais à tous moments et que tout le monde me surnomma bientôt Petit Chaperon Rouge. A cette même époque, ma grand-mère tomba malade. Aussi, par une chaude journée, ma mère me confiât elle la mission de lui porter un morceau de gâteau et une bouteille de vin. Ma grand-mère demeurait fort loin de chez nous, au milieu d’une sombre forêt que visitait depuis peu un loup de sinistre réputation. En effet, il avait déjà dévoré de nombreuses grand-mères de la région.
Ce jour-là, donc, quand en me rendant chez elle, je rencontrais le loup, je fis semblant d’être une enfant stupide et naïve et lui laissai croire que j’allais suivre les conseils qu’il me donnait. En fait, je connais un raccourci, je me précipite chez ma grand-mère et tend un piège au loup. Lorsque le loup frappa à la porte, ma grand-mère joua son rôle à merveille. Moi, j’attendais calmement le loup cachée dans les plis du rideau du lit à baldaquins. Quand il s’approcha pour engloutir ma grand-mère, je l’assommai, lui ouvris le ventre et le remplis de pierres. Lorsque le loup se réveilla, il voulut s’enfuir. Mais les pierres étaient si lourdes qu’il s’écrasa par terre et mourut . On a longtemps parlé de l’intervention d’un chasseur car personne ne pouvait croire qu’une simple petite fille comme moi avait accompli un tel exploit. »

La découverte de l’ exploit maternel fit germer dans les jeunes têtes des fils du Petit Chaperon Rouge l’ébauche d’un plan qui devait permettre de faire cesser la menace du loup sur leur forêt. Le plus jeune des garçons exhuma du grenier un superbe bonnet de velours rouge qui avait toujours attisé leur curiosité, pendant que le cadet confectionnait un gâteau à la cuisine et que l’aîné choisissait une bouteille de vin à la cave. Les ingrédients réunis, ils n’avaient plus qu’à tendre leur piège. Comme prévu, le loup ne se méfia pas du jeune garçon coiffé d’un bonnet rouge qu’il rencontra à la croisée des chemins. Il se précipita jusqu’à la maison du Petit Chaperon Rouge. Comme prévu, il poussa la porte lorsque le cadet lui murmura d’une voix chevrotante « Tire la chevillette et la bobinette cherra ». Comme prévu, l’aîné l’assomma.

La suite, vous vous en doutez. Jamais on ne parla, jamais on parlera, de l’exploit des trois frères. Comment auraient-ils pu, eux, de simples enfants, avoir raison d’un loup si terrifiant ?

Illustration de Félix Lorioux pour la couverture du Petit Chaperon rouge. Paris, Librairie Hachette, 1920. (30,7 x 23,7 cm)
BnF, Estampes et Photographie (Ka Mat 6A, boîte 4) © ADAGP Paris 2001