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Album

Petit Lapin rouge de Rascal

2007

Etude présentée par Johanne Delattre (PE2).

Petit Lapin Rouge est un album écrit par Rascal, illustré par Claude Dubois et édité par L’école des loisirs dans la collection Pastel lutin poche.

Je destine cet album au cycle 2 plus spécifiquement à la classe de CE1.

Il s’agit d’une réécriture du Petit chaperon rouge dont les versions les plus connues sont celles de Charles Perrault et des frères Grimm.La version de Perrault est considérée comme la plus violente , celle des frères Grimm est plus édulcorée puisque le petit chaperon rouge est délivré par les chasseurs à la fin de l’histoire.

Synopsis :

Petit lapin rouge appelé ainsi car il est tombé dans un pot de peinture rouge quand il était petit, est chargé par sa mère d’ apporter à sa grand-mère malade du pain d’épice, des carottes et du sirop pour la toux. En chemin il rencontre le petit chaperon rouge qui va rendre visite à sa mère-grand, elle aussi malade.Chacun connaît l’histoire de l’autre pour l’avoir lu dans un livre mais ils n’osent pas se la raconter car elle est horrible.Ils décident donc de jouer un tour à leurs écrivains respectifs en réécrivant ensemble la fin de leur histoire.Celle-ci se termine dans une clairière ensoleillée, les loups ont disparu, la chasse est interdite et nos deux héros déjeunent paisiblement.Tout est bien qui finit bien, en apparence seulement car la dernière phrase de l’album est terriblement ambigüe et en même temps humoristique : « Eh bien , mangeons mon lapin... j’ai une faim de loup ! » On reconnaît là le style de Rascal qui aime semer le doute dans l’esprit de ses lecteurs.

Pourquoi il faut lire Petit Lapin rouge :

_Cet album permet de travailler la réécriture de contes traditionnels.Cela amène l’ élève à faire des liens entre le conte d’origine et sa réécriture.Ces allers-retours entre les oeuvres contribuent à construire la culture littéraire de l’élève.
Il est également l’occasion de découvrir deux récits imbriqués l’un dans l’autre, celui du Petit Lapin Rouge et celui du Petit Chaperon Rouge.De plus, on a ici une mise en abîme : dans cet album le Chaperon est lectrice du PLR et le PLR est lecteur du PCR. L’illustrateur fait un clin d’oeil à ces deux histoires sur la 4ème de couverture.Les deux albums sont montrés sur cette image.La mise en abyme se retrouve non seulement dans le texte mais aussi dans l’image.
_Le rapport qu’entretiennent le texte et l’image est particulièrement intéressant.Dans l’essentiel de l’album, l’image est redondante.Elle n’apporte pas d’informations supplémentaires au texte. Pour l’élève c’est une aide à la lecture car elle permet de donner du sens à ce qu’il lit.Elle permet également d’enrichir son imaginaire (image mentale) et de mettre des images derrière les mots notamment pour les enfants en difficulté.

A deux reprises dans l’album , l’image éclaire le non-dit du texte.Lorsque le PCR demande au PLR
comment finit son histoire, celui-ci n’ose pas lui dire par contre l’image du loup nous permet de faire de hypothèses (Montrer l’image p21) Il en va de même pour PLR.Le PCR n’ose pas lui dire comment se termine son histoire. Par contre, l’image en dit long sur son sort.On voit une marmite avec deux oreilles rouges qui dépassent.

Ici il y a un rapprochement intéressant à faire entre l’implicite du texte et l’explicite de l’image.
A partir de ces deux passages on pourra faire décrire l’image par l’élève dans un premier temps puis lui faire émettre des hypothèses de lectures pour enfin engager un débat interprétatif ; le but étant d’ aider l’élève à comprendre que l’image a tout autant d’importance que le texte dans la lecture et que texte et image sont étroitement liés.De plus cela permet de faire prendre conscience à l’élève qu’être lecteur c’est avoir un rôle actif.

_La symbolique de la forêt a tout particulièrement retenu mon attention.Elle est le lieu de la rencontre des deux personnages, là où leurs destins se croisent mais c’est aussi le lieu où ont commencé leurs ennuis dans leurs histoires respectives. Au niveau de l’illustration ,on a un sentiment d’oppression rendu par les arbres courbés ressemblant à l’entrée d’un tunnel.Sentiment d’oppression car en fait les personnages sont prisonniers de leur histoire.(montrer p 17) C’est une image forte de l’album qui est d’ailleurs reprise en 1ère de couverture.Durant leur trajet dans la forêt les personnages vont découvrir que la fin respective de leur histoire est terrible.
Pour les deux personnages, la sortie de la forêt est une libération. (montrer p25 ) La forêt s’ouvre sur une clairière ensoleillée.Ce moment du récit correspond pour nos deux héros à l’amorce de la résolution de leur problème qui consiste en la décision de réécrire eux mêmes leur fin.

_A ce titre, il sera intéressant de travailler la notion de point de vue.Au début le narrateur raconte seul l’histoire ; progressivement ses personnages vont s’émanciper et prendre leur destin en main en décidant tout seuls de leur fin.

Ce qui m’a également plu dans cet album c’est la qualité de l’illustration.

Exploitations pédagogiques

La lecture pourra être faite par le maître.Les élèves ayant un livre pour deux.
Travail sur la recherche d’indices dans le texte et l’image leur permettant de faire le lien avec le petit chaperon rouge.L’étude de cet album suppose que les élèves connaissent le conte.Au préalable le maître pourra relire en classe le petit chaperon rouge et le laisser dans la biblio de classe pour que les élèves puissent y avoir accés.

A partir du moment où Petit Lapin Rouge vient d’apprendre au Petit Chaperon Rouge que la fin de son histoire est terrible, celle-ci est très inquiète, et son nouvel ami tente de la rassurer (p. 22 à 24.)

Dans cet extrait, on pourra travailler le dialogue et ses marques.Ils assurent la cohésion du texte. Les travailler permet de s’approprier les usages de la langue écrite mais aussi de travailler la compréhension.Concrètement le maître pourra commencer par une lecture à haute voix en insistant sur l’intonation.Ensuite il pourra écrire le dialogue au tableau et demander aux élèves de retrouver pour chaque réplique quel est le personnage qui parle et de justifier sa réponse.Ensuite il pourra distribuer une photocopie du dialogue et surligner dans la même couleur toutes les répliques du PCR et toutes les répliques du PLR. Puis on pourra faire repérer les signes graphiques (guillemets) qui apparaissent à chaque réplique.

On pourra ensuite travailler la mise en voix du dialogue.Aprés en avoir fait une lecture très expressive, le maître distribuera les rôles aux élèves (une réplique par élève) pour qu’ils s’approprient progressivement le texte et le ton.Puis on demandera à deux élèves de jouer la scène davant la classe.Ce travail se fera de préférence en fin de séquence.

On pourra également envisager un travail d’interprétation de l’image notamment celle de la page 23.Aprés avoir relu le texte on demandera aux élèves comment à leur avis se termine l’histoire du PLR et on leur demandera de justifier leur propos.Si les élèves ne se servent pas de l’image, on attirera leur attention sur celle-ci et on leur demandera de la décrire le but étant d’amener progressivement les élèves à faire des liens entre le texte et l’image.Ce travail d’interprétation de l’image permet de travailler le langage oral mais il apprend aussi à l’élève à mettre en relation le texte et l’image ce qui le rend plus autonome dans sa lecture.

Enfin cet album peut être le point de départ d’un projet d’écriture permettant de travailler organisation des idées , maîtrise de la langue mais aussi la compréhension en lecture.
En fait, le maître pourrait arrêter la lecture de l’album à la fin du passage que je vous ai lu (moment où les deux personnages décident de réécrire leur fin) et demander aux élèves de réécrire la fin de l’histoire.

Ce travail de production d’écrit commencerait par la recherche et l’organisation des idées collectivement à l’oral.Ensuite le maître proposerait aux élèves de réécrire une fin possible pour cette histoire en s’attachant surtout aux idées et à leur organisation.On demanderait ensuite à la classe de choisir la fin qu’il préfère.On procéderait ensuite à l’amélioration de cette fin collectivement en s’attachant surtout à la maîtrise de la langue (syntaxe, orthographe).
Une fois la fin améliorée , on pourra la comparer avec celle de l’auteur. Le maître procèderait à la lecture de la fin de l’album.On pourrait comparer ces deux fins.

Ce projet d’écriture se prolongerait par un projet d’édition du texte qui serait l’occasion pour les élèves de se familiariser avec les TICE.(Travail sur le traitement de texte, mise en page ).Ce travail pourrait se poursuivre par l’illustration du texte en arts visuels.On pourrait ensuite insérer cette fin possible dans l’album.

_Littérature en réseau :

On pourra envisager une mise en réseaux autour du style de l’auteur.Le côté ambigü de la fin peut être mis en parallèle avec Ami-Amiet Poussin noir dans lesquels Rascal manie l’humour noir.
Autre mise en réseaux possible : autour du personnage du PCR avec plusieurs réécritures du conte et avec le conte traditionnel :

Mademoiselle-sauve-qui-peut de Corentin, Chapeau rond rouge de Geoffroy de Pennart , Le petit chaperon vert de Grégoire Solotareff , Le petit chaperon rouge de Rascal, deux versions du conte traditionnel (celle de Perrault et celle des frères Grimm).On pourra étudier le personnage du PCR dans ces différentes oeuvres et établir des ressemblances et des différences.

Ces mises en réseaux vont permettre à l’élève de tisser des liens entre les oeuvres et d’élargir sa culture littéraire.

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